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LES INCENDIES DE FORÊT : NE PAS SUCCOMBER A L’EMOTION !

Depuis le début de l’été, sur des chaînes d’information continue d’éminents consultants Environnement n’hésitent pas à affirmer que « jusqu’en 1955-60 les incendies de forêts étaient, en France, l’exception parce que les feux, jadis, ne pouvaient facilement se propager faute de broussailles desséchées en sous-bois.
Ces feux étaient rapidement étouffés par des gens qui travaillaient dans la forêt… ».

Au nom de cette vision de la forêt méditerranéenne, on a mis en place des moyens énormes pour « remplacer ce que faisaient auparavant nos solides sociétés villageoises » (déjà 20 millions d’euros dépensés cette année au 22 juillet sur les départements du Var et des Alpes Maritimes !).
Voilà un bel exemple d’idées toutes faites, qui circulent largement ; le grand public y est sensible, au point que, puisque tant de gens y croient, les milieux beaucoup mieux informés et conscients finissent par s’y laisser prendre.

Voici quelques chiffres :

•Pour 2017 on en est pour le moment à 8 000 hectares.
•En moyenne de 2000 à 2016 dans l’ensemble des départements méditerranéens il a brûlé 13 500 hectares par an.
•De 1972 à 1986, on en était à 36 000 hectares, avec des années dures (en 1978 = 57 000 ha, 1986= 46 000 ha).
•Dans le Var il a brûlé 3 500 ha par an durant ces trente années. Mais il a brûlé beaucoup plus pendant les dix années précédentes, de 1962 à 1972, avec une moyenne, dans ce département, de 8 000 ha par an, plus du double !

N’oublions pas que la superficie boisée est au siècle dernier très inférieure à celle d’aujourd’hui. Pour rester dans les chiffres du Var, il y a actuellement 348200 ha de forêts et de landes « brûlables » alors qu’il y en avait moins du quart en 1839.
En quelque sorte, la forêt méditerranéenne n’a jamais autant brûlé que pendant ledit âge d’or.
Les activités qui s’y déployaient multipliaient les causes d’incendies.
Ce n’est qu’à la fin du XIX’ siècle qu’une réglementation ferme interdira les écobuages dans les forêts privées comme dans les forêts publiques, mesure indispensable apparemment vu l’extension de la forêt et des reboisements à partir de 1890.
Les incendies commencent à alimenter les chroniques, à émouvoir lentement les pouvoirs publics, à être récupérés par les politiques.
Dès le début du XX’ siècle, la quasi-totalité des mesures actuelles seront envisagées : mise en défends, obligation de débroussailler, construction de pare-feux, constitution d’une armada de moyens anti-incendie.

A quelles réflexions peuvent nous conduire ces recherches dans le passé ?

De l’Antiquité jusqu’au milieu du 19ème siècle, la régression et la progression des forêts épousent parfaitement les évolutions démographiques et celle des feux de forêt. Forêt dégradée, formée généralement de taillis (mieux utilisables par les paysans), elle était sujette aux incendies autant, sinon plus qu’aujourd’hui.

L’ancien mode de gestion de l’espace était fondé sur l’intérêt personnel ou celui de petites collectivités. Au contraire, l’entretien et la protection de la forêt, tels qu’ils sont envisagés de nos jours, ne peuvent être assurés que dans la perspective de l’intérêt général.
Pour la première fois dans l’histoire de la Provence la majorité de la population qui occupe l’espace forestier n’a pas un intérêt direct à sa dégradation.
On peut voir que les causes d’incendies sont fondamentalement les mêmes autrefois qu’aujourd’hui : elles dépendent de l’implantation humaine dans les forêts, de la fréquentation et des modes de cette fréquentation. Plus il y a de monde dans la forêt, plus elle courra de risques.
A ces paramètres démographiques, s’ajoute un déterminant climatique.
L’évolution de notre climat vers un régime de région semi-aride favorise grandement l’occurrence et la gravité des feux : 42 500 ha en 1976 contre 62 000 ha en 2003 sur l’ensemble des régions méditerranéens Français.

En termes d’action ces considérations doivent nous mener à des actions sur le court, moyen et long terme :
•à court terme : il ne faut pas hésiter à alléger la fréquentation des espaces les plus sensibles. C’est le sens des interdictions de pénétrer les massifs lors des épisodes de risque sévère. La commune de Vence a pris ses responsabilités à ce niveau en élaborant un arrêté dans ce sens.
•à moyen terme : il ne faut pas regretter le passé mais inventer un modèle d’occupation de l’espace forestier totalement inédit qui consiste dans ses grandes lignes à organiser le reflux démographique des zones mitées, inventer une nouvelle économie sylvo-agropastorale (notamment méthanisation des rémanents, perma-sylviculture, utilisation du bois dans la construction) et indemniser les propriétaires forestiers qui gèrent de manière durable leurs parcelles en prenant sur ceux qui ne le font pas.
•à long terme : planter de nouvelles espèces pour anticiper le climat aride qui nous attend.
Ne désespérons pas : si l’on considère les statistiques des incendies depuis quelques centaines d’années, la forêt méditerranéenne devrait être actuellement un espace désertifié. Il n’en est rien. Avec du temps - et même relativement bref - la forêt s’est toujours reconstituée, souvent aidée par les reboisements.
Simplement, nous pouvons instaurer des relations moins utilitaires avec la forêt. Profitons-en pour innover.

Patrice Miran
1er Adjoint au Développement Durable