Prolongée jusqu’au 9 juin au Musée de Vence/Fondation Émile Hugues.

“Aussitôt que mon trait ému a modelé la lumière de ma feuille blanche, sans enlever sa qualité de blancheur attendrissante, je ne puis plus rien lui ajouter, ni rien lui reprendre.” Henri Matisse, Propos sur l’Art.

Le dessin fut jusqu’au XXe siècle, l’art de la maîtrise technique de l’artiste, l’exercice souvent préparatoire à l’œuvre peinte ou sculptée, l’éducation du regard. Aujourd’hui, alors même que notre oeil est saturé d’images trop nombreuses, omniprésentes et quasi équivalentes, desquelles nous nous détournons, cet art fragile et intime s’impose sur la scène de l’art contemporain comme ayant gagné à la fois son autonomie et sa puissance.

A la base de tout travail d’artiste, il reste l’exercice d’une distance nécessaire du regard et l’expérimentation d’un champ à la fois émotif et raisonnable, sensible et puissant, singulier et universel, engageant toutes techniques et tous supports.

Il ne sera évidemment pas question ici de rendre compte de cette très grande diversité qui est la caractéristique de notre art contemporain mais plutôt d’un choix de pratiques et de gestes qui nous engagent et nous touchent par leur efficacité et leur puissance de résonance, au moment même où arrêtés par la menace d’un effondrement écologique du monde, nous nous sentons de plus en plus impuissants à agir sur et contre celui-ci.

Raviver cette question fondamentale et première de notre être-au-monde, serait-ce le pouvoir de ces images-désirs, ces images-souhaits à faire advenir de qui n’est pas déjà-là ou pas encore-là? “Tout est encore trop plein de ce quelque chose qui nous manque”, écrivait Ernest Bloch. Par l’expérimentation qu’elles osent et proposent, nous libèreraient-elles de cette occlusion en remettant notre monde en mouvement ?

Accompagnant une présentation renouvelée des dessins du Fonds Matisse, et la résidence d’une jeune artiste, Angèle Guerre, à la Chapelle des Pénitents Blancs (jusqu’au 13 avril dernier), cette exposition propose plusieurs regards engagés dans cette nouvelle expression du dessin au travers trois générations d’artistes: celle des années 70-80, avec les artistes qui furent les professeurs des générations suivantes, car ayant ouvert des voies nouvelles dans cet art du dessin, le premier par la projection dans l’espace de ses lignes dessinées, l’autre par la présence dans les détails fouillés de ses dessins du hors-champ infini que ceux-ci créent.

Angèle Guerre était à la Chapelle des Pénitents Blancs

 

Musée de Vence / Fondation Émile Hugues 2, place du Frêne

Horaires Musée, Librairie
Tous les jours de 11h à 18h sauf le lundi. Tarif adulte 6€ – Tarif réduit (groupes, enfants de 12 à 18 ans, étudiants) 3€. Gratuit : enfants de – de 12 ans

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